Quand on se lance en ligne, il y a une réalité qu’on découvre assez vite : l’aspect juridique n’est pas si « optionnel » qu’on le pensait au départ. Parmi les documents les plus souvent évoqués, on entend parler des CGV et CGU. Deux sigles qui se ressemblent, mais qui ne jouent pas le même rôle dans la structuration de votre activité.
Dans cet article, je vous propose de faire le point sur les CGV (Conditions générales de vente) et les CGU (Conditions générales d’utilisation) pour que vous puissiez faire les bons choix pour votre site, vos prestations ou vos formations en ligne.
Qu’est-ce que les CGV et les CGU ?
Avant de savoir s’il faut les rédiger, les publier, ou les faire valider par un avocat, encore faut-il bien comprendre ce que sont vraiment les CGV et les CGU. Ces deux documents sont souvent confondus, mais ils répondent à des objectifs bien différents.
CGV (Conditions générales de vente) : définition
Les Conditions générales de vente, souvent abrégées CGV, sont un document juridique qui fixe les règles applicables à vos ventes de produits ou à de services. C’est un peu la colonne vertébrale de la relation commerciale.
Vous y indiquez tout ce que votre cliente a besoin de savoir avant de s’engager : le contenu de votre offre, les modalités de règlement, …
Ce document sert aussi à protéger votre activité : il formalise les engagements de chacune des parties, limite les risques juridiques, et permet d’éviter les malentendus. En cas de souci, ce sont vos CGV qui serviront de base.
Vous réservez le droit, par exemple, de suspendre l’accès à une formation si une facture n’est pas réglée, à condition que cela soit bien écrit dans vos conditions générales.
Pour être pleinement opposables, vos CGV doivent être acceptées explicitement par vos clients. Cela se fait généralement via une case à cocher non pré-cochée au moment de la commande ou de la signature du devis.
Les CGV sont particulièrement utiles si vous vendez en ligne ou si vous travaillez avec des clients à distance.
Et si vous ne proposez pas de contrat en bonne et due forme à chaque mission, ce document devient d’autant plus essentiel.
CGU (Conditions générales d’utilisation) : définition
Les conditions générales d’utilisation (ou CGU) sont le document qui encadre l’usage :
- de votre site internet,
- de votre espace membre,
- ou de votre plateforme de formation.
Elles précisent les droits et les devoirs des visiteurs, même s’ils ne deviennent jamais clients. Vous pouvez y inclure les mentions légales, les règles de navigation, les restrictions d’accès (notamment pour les mineurs ou en cas de contenus sensibles),…
Les CGU fonctionnent un peu comme un règlement intérieur de votre site : elles fixent les limites d’utilisation, et vous permettent de réserver le droit de supprimer un compte, bloquer un accès ou retirer un contenu.
Pour les CGU, même si l’acceptation implicite (par simple navigation) est parfois admise, il est recommandé de prévoir une case à cocher lors de la création d’un compte ou d’une inscription, pour sécuriser juridiquement leur application.
Elles sont aussi utiles pour poser un cadre clair sur les contenus mis en ligne :
- photos,
- textes,
- vidéos,
- logos…
Tout ce qui touche à la propriété intellectuelle mérite d’être mentionné pour éviter toute utilisation non autorisée.
Pour les entrepreneurs du web, rédiger des CGU, même simples, permet de poser une base juridique claire, surtout si vous proposez :
- des contenus en libre accès,
- des espaces de commentaires,
- ou des fonctionnalités avancées (quizz, téléchargements, espace utilisateur…).
Quel est le contenu des CGV et des CGU ?
Passons maintenant aux éléments concrets que ces documents doivent contenir. Il ne s’agit pas de copier-coller un modèle trouvé sur internet sans y toucher : vos conditions générales doivent refléter votre activité, votre manière de travailler, vos outils, vos délais… Et surtout les relations que vous entretenez avec vos clients.
Contenu des CGV
Les conditions générales de vente doivent détailler tout ce qui touche à la relation commerciale.
Voici les principales mentions à intégrer :
- Présentation de l’activité : qui vous êtes, quel est votre statut juridique (EI, micro-entreprise, SASU…), votre numéro SIRET, vos coordonnées, votre adresse email.
- Détail de l’offre : services proposés, contenus inclus, livrables, conditions d’accès…
- Tarification : prix HT ou TTC, TVA applicable ou non, modalités de règlement, échéances, pénalités de retard.
- Délais : délais d’envoi, de livraison, d’exécution, ou d’accès au contenu.
- Conditions de rétractation : notamment pour les prestations à distance ou les formations en ligne. Vous devez préciser si un droit de rétractation s’applique, et dans quelles conditions il peut être exercé. À noter que le droit de rétractation ne s’applique pas à certains services (par exemple les contenus numériques exécutés immédiatement ou dont l’exécution commence avec l’accord du client). Dans ce cas, il faut que le client ait expressément renoncé à son droit de rétractation, conformément à l’article L221-28 du Code de la consommation.
- Clauses de résiliation ou d’annulation : pour encadrer les situations où une partie souhaite mettre fin à la collaboration.
- Cas de force majeure : pour se protéger si un imprévu empêche d’exécuter la prestation (accident, maladie grave, panne technique…).
- Propriété intellectuelle : vos contenus restent votre propriété, sauf mention contraire. Il est indispensable de préciser ce qui est cessible ou non.
- Confidentialité : tout ce qui est partagé dans le cadre de la mission reste strictement entre vous et votre cliente.
- Limitation de responsabilité : vous pouvez préciser que vous ne pouvez être tenu responsable des dommages indirects ou imprévisibles subis par le client. Attention cependant : cette clause ne peut pas exclure toute responsabilité, notamment pour les obligations essentielles du contrat.
- Protection des données personnelles : vous pouvez prévoir une clause expliquant quelles données clients sont collectées (coordonnées, informations de facturation), à quelles fins, et rappeler vos obligations en matière de RGPD (droit d’accès, de rectification, etc.).
- Litige : mention du droit applicable (français en général) et du tribunal compétent en cas de désaccord.
On peut aussi y ajouter des mentions sur :
- les promotions,
- les modalités de report de séance (dans le cas d’un accompagnement),
- les prérequis techniques pour accéder aux contenus numériques, …
Contenu des CGU
Les conditions générales d’utilisation s’intéressent au bon fonctionnement de votre site et aux comportements des personnes qui y accèdent. Même si vous n’avez pas d’espace client ou de forum de discussion, ces conditions servent à poser les bases.
Voici les points à prévoir :
- Identité de l’éditeur du site : raison sociale, statut, numéro SIRET, coordonnées, hébergeur… C’est souvent couplé aux mentions légales, qui peuvent être intégrées directement dans les CGU.
- Objectif du site : que propose-t-il ? Est-ce une vitrine ? Une boutique ? Un espace de formation ? Cela aide à cadrer les usages autorisés.
- Accès au site et aux services : conditions d’inscription, création de compte, limitations d’âge, compatibilité technique.
- Comportement attendu des utilisateurs : respect des autres, interdiction de publier du contenu illicite, obligation de respecter les droits de propriété intellectuelle.
- Protection des données personnelles : quels types de données sont collectées (via formulaires, cookies…), par qui, pour quelle finalité, et combien de temps elles sont conservées.
- Consentement et cookies : pour être conforme au RGPD, l’utilisateur doit donner son accord libre et éclairé avant tout dépôt de cookies non essentiels.
- Sécurité du site : limites de responsabilité en cas de piratage, de bug, ou d’indisponibilité temporaire.
- Propriété intellectuelle : rappel que vos contenus (textes, visuels, formations) ne peuvent pas être réutilisés sans autorisation.
- Résiliation de compte ou suspension d’accès : dans quelles conditions vous pouvez réserver le droit de supprimer un compte, par exemple en cas d’abus ou de non-respect des règles. En cas d’utilisation abusive ou de violation grave des règles, vous pouvez également prévoir le signalement aux autorités compétentes et engager des poursuites judiciaires si nécessaire.
- Litige : comme pour les CGV, il est utile de préciser la loi applicable et la juridiction compétente.
Même si votre site est simple, ce document vous protège en cas d’utilisation abusive ou de tentative de récupération de vos contenus. Il permet aussi de rassurer vos utilisateurs sur la confidentialité de leurs données.
Pourquoi faut-il rédiger des CGV et des CGU ?
Vous êtes entrepreneur, vous gérez un site web, vous vendez une offre ou vous diffusez des contenus ? Alors les CGV et CGU ne sont pas de simples formalités juridiques. Ce sont de vrais outils pour :
- cadrer votre activité,
- poser un cadre clair avec vos clients (et vos visiteurs),
- et sécuriser vos échanges en cas d’imprévu.
Les conditions générales de vente servent avant tout à définir les règles du jeu commercial. En les publiant en ligne ou en les envoyant avec votre devis, vous montrez que vous prenez votre travail au sérieux. Cela renforce votre professionnalisme et peut même vous éviter des désaccords futurs. La cliente sait exactement à quoi s’attendre, quels sont vos délais, vos conditions de rétractation, votre politique de résiliation, ou encore ce qui est protégé au titre de la propriété intellectuelle.
Les conditions générales d’utilisation, elles, protègent autant vos contenus que vos visiteurs. Vous réservez le droit de bloquer un utilisateur malveillant, d’encadrer la collecte de données, ou d’interdire la réutilisation de vos articles ou visuels. Ce document pose un cadre transparent qui rassure les internautes, surtout si vous proposez des inscriptions, des téléchargements, ou des espaces membres.
En cas de litige, ces documents peuvent faire la différence. Ils permettent d’avoir une base écrite à opposer si une cliente conteste une facturation, si une prestation est annulée à la dernière minute, ou si quelqu’un diffuse vos contenus sans autorisation. À condition, bien sûr, que vos conditions générales aient été bien rédigées…Et acceptées. Pour plus de sécurité, pensez aussi à conserver une preuve de l’acceptation (par exemple, date, adresse IP, version des CGV/CGU acceptée), ce qui peut être utile en cas de litige.
Les Conditions générales de vente et les Conditions générales d’utilisation sont-elles obligatoires ?
Dans certains cas, la loi impose la mise en place de CGV. C’est notamment le cas si vous vendez à des consommateurs, que ce soit via :
- un site e-commerce,
- un tunnel de vente,
- ou en prestation à distance.
Vous devez leur fournir ces informations avant la vente, sous une forme claire, lisible et accessible.
Cela permet de respecter le Code de la consommation et les exigences en matière de protection des clients.
Si vous travaillez uniquement avec des professionnelles (B2B), les conditions générales de vente sont moins encadrées, mais elles restent très fortement recommandées. En cas de litige, il sera beaucoup plus difficile de prouver ce qui avait été convenu si aucun document ne fixe les règles à l’avance.
En B2B, les CGV ne sont pas obligatoirement fournies spontanément, mais vous êtes tenu de les communiquer à tout professionnel qui en fait la demande (article L441-1 du Code de commerce). Cela concerne notamment vos tarifs, conditions de règlement, remises éventuelles, etc.
Du côté des conditions générales d’utilisation, la loi ne les impose pas strictement, mais elles sont quasiment indispensables. Elles permettent de remplir plusieurs obligations liées à la confidentialité, à la sécurité, et au respect du RGPD.
En résumé : si vous n’avez pas encore de CGV et CGU, il est temps de vous y mettre. Pas besoin d’avoir un site complexe ou une grande structure : dès que vous vendez, proposez une prestation, ou publiez des contenus en ligne, ces documents vous protègent… Et protègent vos clients aussi.

Comment rédiger des CGV et des CGU ?
Il n’existe pas de modèle unique valable pour tous. Vos CGV et CGU doivent être adaptées :
- à votre activité,
- à votre manière de travailler,
- à vos outils,
- et aux spécificités de votre cible.
Il faut également que vos CGV soient cohérentes avec vos devis. L’idéal est d’avoir un devis signé qui renvoie clairement à vos conditions générales de vente, disponibles en ligne ou jointes au devis. Cela permet d’éviter d’avoir à rédiger un contrat à chaque mission.
En revanche, si vous n’avez pas de CGV, alors un contrat complet devient indispensable : il devra contenir les mêmes mentions (identité, objet de la prestation, tarifs, délais, modalités de rétractation, résiliation, propriété des livrables, gestion des litiges, etc.).
Enfin, pour éviter toute erreur ou oubli, le plus simple reste de faire appel à un professionnel du droit. Un avocat spécialisé saura adapter vos conditions générales de vente et vos conditions générales d’utilisation à la réalité de votre activité, tout en veillant à ce qu’elles soient conformes à la législation en vigueur.
Et si vous n’êtes pas certain que vos CGV, vos CGU, ou vos mentions légales soient bien en place (ou à jour), je vous propose de commencer par un état des lieux. Je vous offre un audit complet de votre site, avec un œil juridique bienveillant et des conseils concrets pour vous mettre en conformité sans prise de tête.